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"photo Atelier Robert Doisneau" |
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L’exposition, présentée en décembre et janvier derniers à la Maison de la Région à Strasbourg avait été élaborée par les deux filles du grand photographe, Annette Doisneau et Francine Deroudille, pour l’Atelier Robert Doisneau, par le Club de la Presse de Strasbourg et par la Région Alsace, afin de permettre au public de découvrir cette œuvre méconnue jusqu’à ce jour. « Tout est né de cela : une cinquantaine de planches de contacts accompagnées de petites feuilles de légendes ronéotées rangées dans un classeur métallique, environ deux cent tirages vintages classés dans une boîte d’archives, un commentaire noté sur un petit carnet : commande de Braun en 1945, sans suite. Archives mystérieuses qui dormaient depuis plus de cinquante ans à l’atelier » racontent les filles du photographe. De leur rencontre avec Vladimir Vasak, grand reporter d’Arte nait l’idée des deux expositions et du livre.
« Ensemble et avec la complicité de la Région Alsace, nous avons imaginé, à Strasbourg, une exposition de 64 tirages modernes de grands formats qui raconte le parcours d’un photographe de 33 ans à travers un pays superbe et désolé qu’il regarde avec un grand souci du détail, de
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"photo Atelier Robert Doisneau" |
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la composition et une distance qui sera très loin du style qui le rendra célèbre plus tard. Au point que l’on ne savait pas qu’il pouvait être aussi un grand témoin du paysage ».
A Mulhouse, à la La Filature « sont exposés 76 vintages, splendides images, choisis dans la série des tirages réalisés en 1945 pour la fabrication d’un ouvrage abandonné et 18 planches de contacts qui témoignent de sa méthode de travail ».
Ce seront donc les tirages modernes, vus cet hiver à Strasbourg, que le public est invité à découvrir ou revoir au Relais culturel de Thann. Elles retracent le périple de Robert Doisneau, du nord au sud de l’Alsace, de Wissembourg à Oberlarg. Il nous donne à voir une Alsace souriante. Rares sont les allusions aux combats, aux destructions. Exception : les photos prises à Strasbourg, Mittelwihr et Ostheim laissent parfaitement entrevoir l’étendue des dégâts.
Thann, en ce début d’été 45…
Et dire que quelques semaines plus tôt, et ce jusqu’au 2 février 1945, une bataille acharnée livrée dans les faubourgs de la ville, tout autour de l’usine chimique, opposaient chars allemands et alliés. En ces dernières journées de juin 45, Thann sortait meurtrie de cette guerre. Dans la ville, subsistent de profonds stigmates des combats et les bombardements. Tous les hommes n’étaient pas encore rentrés chez eux, pour beaucoup retenus dans les camps russes de prisonniers, comme celui de Tambow.
Au soir de la crémation, qui a conduit Robert Doisneau à Thann, sur les conseils de son ami Pierre Braun, imprimeur et éditeur à Mulhouse, les visages des Thannoises et des Thannois s’éclairent d’une joie indicible. Au soir du 30 juin, le rite séculaire de la crémation des trois sapins reprend vie, après une interdiction de cinq ans imposée par l’occupant. « Le maire nouvellement élu le 25 avril 1945, Modeste Zussy, tenant à ce que la statue processionnelle de Saint Thiébaud soit portée lors de la procession la fait chercher par les ouvriers et les sapeurs pompiers de la ville, à la ferme du Nyderwyl de Bourbach le Bas où elle avait été mise à l’abri dans une cave enterrée » rapporte Jean-Paul Dumel, président de l’Office de Tourisme. Pour ce grand retour à la tradition, de la crémation, « Les trois sapins ont été allumés par le général de Lattre de Tassigny, le général Bethouard et le préfet du Haut-Rhin Paira après avoir été béni par l’abbé Bischoff ».
D’une fenêtre de l’Hôtel de Ville, Robert Doisneau photographie le bûcher aux dimensions bien plus modestes que celles qu’on lui connaît aujourd’hui.
La photo nous montre une place noire de monde. Une jeune Alsacienne, tout sourire, ramasse du bout de ses mains gantées de blanc, des morceaux de bois calcinés « qui, trempés dans un verre d’eau, constituent un remède contre la fièvre et contre les frissons et, placés dans les maisons, une protection contre la foudre et le feu ». Un autre cliché de Robert Doisneau montre le feu d’artifice, habituelle apothéose de la cérémonie.
Comme le dit le Marmouset, chroniqueur acide de l’histoire et de la vie locale, « la crémation à Thann, c’est comme le 1er janvier ailleurs…c’est le début de l’année thannoise… ».
Un livre
Les photos retenues pour l’exposition et le livre ont donné lieu à un chapitre spécifique dans le livre-catalogue de Vladimir Vasak. Elles ne traitent que de la fête de la libération, célébrée le lendemain de la Crémation. En revanche, on ne verra aucune photo de la Crémation des trois sapins, qui constituait pourtant le motif de la venue à Thann du photographe.
Le patriotisme se fait exubérant lorsque les Alsaciens, après tant de souffrances, veulent marquer leur attachement à la France qu’ils retrouvent. Thann, « la Française » n’échappe pas à la règle. Elle qui avait été la capitale de l’Alsace française, entre 1914 et 1918, donne libre cours à son patriotisme. Le 1er juillet 1945, pour la seconde fois, elle veut fêter avec faste cette liberté retrouvée. Les jeunes filles en costume traditionnel se promènent bras-dessus, bras-dessous dans les rues de la ville. Robert Doisneau fixe sur la pellicule un groupe de trois enfants se promenant main dans la main, place St-Thiébaud. En 2008, un article paru dans l’édition locale des Dernières Nouvelles d’Alsace permet de les identifier ; il s’agit des jumeaux Marylène et Bernard Seel et leur petit-cousin Jean Rosio.
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"photo Atelier Robert Doisneau" |
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Un chapitre évoque tout particulièrement l’étape thannoise de Robert Doisneau dans le livre-catalogue. Vladimir Vasak rapporte le sort dramatique de la petite Simone Vetter qui venait de perdre son bras, arraché par une bombe qui avait décapité sa nourrice. Les photos tirées de son album familial racontent, sous un autre angle, cette fête de la libération. On y voit défiler les Thannois, avec leur nouveau maire. Aux côtés de Modeste Zussy marche un personnage coiffé d’un béret, les bras levé dans un geste de victoire. Il fait immanquablement penser à une autre image, bien moins glorieuse : celle d’un collabo, l’ancien directeur de la caisse d’épargne et directeur de la musique municipale, défilant affublé d’un casque à…cornes. Il avait promis de porter des cornes si jamais les Français revenaient à Thann. Ce cliché, on peut le voir en guise de couverture du livre, paru aux Éditions de la Nuée Bleue, consacré, sous la plume de Jean-Laurent Vonau, à l’épuration en Alsace. Singulier raccourci de l’histoire.
Vladimir Vasak, président du club de la presse de Strasbourg, par ailleurs auteur avec Anke Wessang du catalogue de l’exposition, paru aux Éditions Flammarion, est l’invité d’une conférence-débat le jour de l'inauguration le 28 août à 18h30. « Mon intervention portera sur Thann et l'état d'esprit qui y régnait pendant cet été 45. Je pense que nous aurons l'occasion d'élargir le propos à toute l'Alsace ».
Le GAP, groupe d’activité photo du Relais, présidé par Jean-Marie Huez participe à l’événement en présentant une exposition consacrée à la vie et l’œuvre de Robert Doisneau. Un espace sera réservé à la fin de ce parcours pour visionner -à la demande- une vidéo "Doisneau des Villes - Doisneau des champs" réalisée par Patrick Cazals .
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Relais culturel régional de Thann
51, rue Kléber 68800 Thann
Entrée libre :
Exposition ouverte tous les jours, sauf le lundi de 14h à 20h30
Renseignements :
03 89 37 92 52
03 89 38 53 08 |
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