drapeau anglais  drapeau allemand 
La météo à Thann
Plan de la ville
Accéder au site Internet de l'Espace Jeunes
Accès au site en mode texte pour les mal voyants
Plan du site
Webmestre
Mentions légales
Crédits
Agenda 21
Ville de Thann > Sortir à Thann > Les manifestations patriotiques > 65ème anniversaire de la Libération de Thann

Paroles de libérateurs

Ville de Thann
La Ville de Thann vient de fêter le 65e anniversaire de sa libération. Une occasion de se souvenir des violents combats qui ont fait rage et de rendre hommage aux soldats français, engagés, évadés, résistants ou Marocains qui, du 8 au 10 décembre 1944, avec la 1ère Armée française nous ont libérés et rendu notre vraie nationalité


Entretien avec Gabriel Alejandro, 8e Régiment des tirailleurs marocains

Engagé volontaire dès décembre 1941, il avait quitté Oran au sein de la 2e division marocaine. Après avoir participé à la libération de l’Italie (Abruzzes, Rome, Sienne...), il rejoint la Provence, puis marche vers le Doubs, Belfort, puis l’Alsace par Soppe-le-Haut, Sentheim et Bourbach-le-Bas.

En arrivant à l’Isle sur le Doubs, Gabriel Alejandro, 22 ans, est sélectionné pour être démineur : trois semaines de formation avant de participer avec quatre de ses compagnons d’armes aux opérations de déminage. Début décembre, arrivé au col du Hundsrück, il faisait partie des tirailleurs marocains (1ère Compagnie) qui ont lutté pour libérer le Staufen, un endroit stratégique où les Allemands pouvaient contrôler la ville et la vallée à partir des hauteurs.

Témoignages :

“Nous sommes partis du Col du Hundsrück en direction du Staufen par la forêt. Il y avait 50 centimètres de neige, les doigts tellement gelés que parfois, on ne pouvait même plus tirer. On avançait petit à petit en se cachant derrière les arbres. Les combats ont duré 4 jours et nous avons subi beaucoup de pertes. Plusieurs dizaines d’hommes sont morts dans cette bataille en seulement quatre jours. ...”

Gabriel Alejandro est en quelque sorte un miraculé. Beaucoup de ses camarades, sont tombés au combat, pendant qu’il échappait à la mort à plusieurs reprises :

“J’ai risqué ma vie pendant 4 ans et demi. Entre Bourbach-le-Haut et Sentheim, il y a une quinzaine d’obus qui sont tombés autour de moi. Je me suis jeté dans un trou et je ne sais pas par quel miracle je m’en suis sorti. Une autre fois, au bord du Rhin, une balle a sifflé à côté de ma tête. Une autre fois, je marchais sur le côté d’un char et mon adjudant-chef, qui avançait devant le char, m’a demandé d’échanger nos places. Quelques mètres plus loin, il a sauté sur une mine.”

Finalement, Gabriel Alejandro sera blessé dans un accident de jeep en Allemagne. La voiture s’étant retournée sur son bras. “Aujourd’hui, je suis amputé d’une phalange, et je ne peux plus trop plier mon bras droit. Les médecins français pensaient m’amputer, mais un médecin allemand a insisté pour tenter une opération qui m’a permis de conserver mon bras...”

Durant les combats pour libérer Thann, le démineur Alejandro fera une rencontre plus pacifique avant de tourner une nouvelle page de sa vie : à Bourbach-le-Bas, il rencontre Alice, qui deviendra sa marraine de guerre et bientôt son épouse.

“A l’époque, j’habitais déjà rue des Vergers (autrefois rue du Blosen) avec ma mère, se souvient Alice Claerr qui avait perdu son père à 16 ans. Près de chez nous, il y avait une batterie allemande qui tirait vers Bourbach. Et Bourbach répondait. Il y avait des mines dans le jardin, on n’était plus en sécurité. Alors j’ai envoyé ma mère chez ma sœur à Bourbach-leBas et je les ai rejointes quand les FFI ont fait évacuer tout le quartier.”

Ville de Thann

A la libération, en janvier 1946, Alice devient Mme Alejandro, le couple est aujourd’hui installé dans cette même maison rue des Vergers... sans les mines dans le jardin mais avec trois enfants, trois petits-enfants et un arrière-petit-fils.

Autres témoignages pour rappeler l’âpreté des combats et les horreurs de la guerre

Marcel Augagneur Ancien du commando de Cluny, 4e bataillon de choc, 4e compagnie (extrait du livre de bord)

“30 novembre, après huit jours de repos, il faut repartir pour l’offensive d’Alsace, nous prenons les camions qui nous amènent à Bourbach-le-Bas. Il fait un temps affreux et nous allons être dans la boue pendant dix jours ; à peine descendus de camion nous allons relever les premières lignes dans les trous pleins de flotte, les boches tiennent les positions sur la colline, et plusieurs chars nous appuient. Toute la nuit les mortiers tombent, ainsi qu’une pluie incessante, nous sommes trempés, quand le lendemain on vient nous relever pour 6 heures, nous logeons dans un atelier et faisons sécher nos effets...”.

Colonel Raoul Lalo à la tête de la Onzième Compagnie du Régiment de Marche de la Légion Etrangère du 9 au 20 décembre

“Je me souviens qu’il y avait une épaisse couche de neige et des cadavres allemands aux bord des rues, la neige en avait recouvert certains sur la chaussée. Ainsi chaque fois que je me rendais aux abords de l’usine de produits chimiques, ma Jeep passait sur un corps sous la neige dont la forme s’allongeait un peu plus chaque jour. Nous étions alors suffisamment occupés à nous battre et à évacuer nos propres blessés et morts pour nous occuper des autres. C’était là un des bien mauvais aspects de la guerre.

Nous avons vécu onze jours particulièrement pénibles sous les obus cherchant en vain de nous emparer de Vieux-Thann. Je garde un souvenir ému de la gentillesse et de l’accueil de la population, en particulier celui d’un brave homme qui chaque jour envoyait son gamin dans Vieux-Thann, pour me renseigner sur l’activité des occupants.”

Roger Laboup du 8e RTM

Il faisait si froid que nous n’avions pas besoin de brancards pour transporter les soldats morts. Leurs corps gelaient si rapidement qu’il nous était facile de les déplacer Nous avons ainsi attendu dans des conditions déplorables pendant 10 jours dans les hauteurs de Thann. Pour moi qui venait de la douce Ariège, le changement faillit être fatal mais nous avions trop à cœur de libérer nos amis alsaciens pour nous laisser aller au découragement.

Jules Bornies 6e RCA Char Champagne

“Après deux journées arrosées par les mines ennemies, nous sommes arrivés au carrefour 328 et nous sommes passés rapidement avant de déboucher près de la place Saint-Thiébaut juste en face d’une droguerie. Là rien ne bougeait, mais nous pouvions voir des yeux briller dans

l’obscurité des caves. Dans un silence glacial, on nous observait. Certains avaient même eu l’imprudence d’allumer quelques bougies pour s’assurer quels uniformes nous portions.”


Imprimer la page Haut de page Envoyer Retour